Sonic The Hedgehog : hérisson sous testostéroneSega offre à la Megadrive, en 1991, une mascotte digne de ce nom
Un hérisson bleu ou une poule aux œufs d'or ? Les deux, serait-on été tenté de répondre. Mais si Sonic reste très populaire, il ne le doit pas à ses récentes apparitions.
Début des années 90 : Sega a mis sur le marché sa console 16 bits, la Megadrive, prenant de vitesse son rival Nintendo qui continue de soutenir pleinement – et de vendre comme des petits pains – sa bonne vieille Nes. Au Japon, le succès est mitigé : la Nec PC-Engine, excellente machine, est sortie plus tôt et a séduit les joueurs. En Occident en revanche, la machine se vend bien. Mais le temps presse : Sega sait qu’il lui faut s’installer solidement car la riposte du plombier Moustachu est déjà dans les cartons. C’est une certitude : il faut frapper vite et fort. Mais comment ? Une mascotte, vite !Si, en 1990, Sega bénéficie d’une immense notoriété notamment due à son activité jeux d’arcade, elle ne dispose pas d’une mascotte, à l’inverse de ses concurrents. En effet, alors que la PC Engine développe PC-Kid, Nintendo est déjà incarnée par un célèbre plombier moustachu nommé Mario. Pas de mascotte ? À vrai dire, Sega en a plusieurs parmi lesquelles ont peut retenir Alex Kidd et Tom-Tom (Wonderboy). Mais ces personnages font déjà partie du passé et manquent singulièrement de charisme. De toute évidence, aucun ne représente les valeurs que Sega entend imprimer dans l’inconscient du joueur pour sa 16 bits. La Megadrive : puissance et testostéroneSega l’a en effet bien compris : affronter ses concurrents sur leur propre terrain est voué à l’échec. La société japonaise décide alors de séduire une clientèle plus mûre, cible idéale pour une machine qui compte à son actif bon nombre de conversions de jeux d’arcade parfaitement réalisées. En outre, elle veut se doter d’un nouveau héros qui sera la vitrine technologique et ludique de la console, un jeu capable à lui seul de faire pencher la balance en sa faveur. Le gros point fort technique de la Megadrive face à ses rivales de l’époque, la Nintendo Super Famicom (connue sous le nom de Super Nintendo en France) et la Nec PC Engine (TurboGrafx-16 aux États-Unis), est son processeur central, le célèbre 68000 de Motorola, un véritable 16 bits connu pour sa vélocité et son aisance dans la gestion des univers en 2D. Il est en outre bien maîtrisé par de nombreux programmeurs car présent dans diverses machines et non des moindres : Commodore Amiga, Atari ST, diverses bornes d’arcade, ou encore un système très performant mais plus confidentiel, sorti uniquement au Japon, le X68000 de Sharp. Plusieurs propositions de mascotte voient alors le jour et c’est finalement le hérisson bleu qui rafle la mise. Pour l’anecdote, un héros moustachu – ça ne vous rappelle rien ? – avait été proposé : il deviendra finalement Dr Robotnik… le grand méchant des jeux Sonic ! Sonic, un succès immédiat et retentissantSonic a donc pour mission de démontrer la supériorité de la Megadrive et sort, après que Sega a fait longuement et habilement saliver les joueurs, durant l’été 1991. Le succès est énorme ! Chacun s’extasie devant ce jeu si rapide, nerveux, prenant… et tellement moins enfantin que ce qui existe par ailleurs. La susceptibilité des possesseurs de micro 16 bits en Europe, eux qui regardaient de haut ce qu’ils considéraient comme de simples jouets, est touchée. Un éditeur britannique, Gremlin Graphics, le comprend et tente de surfer sur la vague avec un jeu s'inspirant largement de Sonic, Zool, et sa campagne de publicité qui affirme sans ambigüité « Hérissons, prenez garde ! » Sorti en 1992 et adapté sur Megadrive, le jeu ne connaîtra sur cette dernière qu’un succès anecdotique, dépassé qu'il est en tout point par le hérisson bleu. Une adolescence douloureuseMalheureusement, Sega cède alors aux caprices de sa nouvelle star : après un Sonic 2 très réussi, destiné avant tout au marché américain où la Genesis – nom de la Megadrive outre-Atlantique – domine le marché, Sega accommode son héros à toutes les sauces. Un dessin animé voit également le jour. Sortiront ainsi de nombreux jeux de qualité inégale, avec de multiples compagnons ou ennemis pour le hérisson. Le consommateur se sent trompé : alors que chaque Mario est un bijou acclamé unanimement, que tout un chacun peut acheter les yeux fermés, il est impossible de procéder de la sorte avec un jeu Sonic ! Ainsi, jamais la firme nippone ne parviendra à retrouver le succès du premier épisode : si Sonic reste encore très populaire aujourd’hui, ce n’est pas aux jeux proposés ces dernières années qu’il le doit. On est d'ailleurs en droit de se demander si le hérisson bleu parviendra jamais à pondre un nouvel œuf d’or. Et si la solution passait par un nouvel épisode en 2D, ce que réclament beaucoup de hardcore gamers qui, eux, ont continué de grandir ?
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